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Osez une seconde carrière...
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Alexandra Mazzilli Professeure des écoles en reconversion dans la communication et le journalisme

Auto-interview d'Alexandra Mazzilli pour se présenter aux lecteurs d'Aide aux Profs

Quel a été ton parcours de carrière depuis la fin de tes études ?

Je suis sortie de mon école en 2005. Je voulais de suite trouver du travail, il était temps de gagner ma vie et je me lassais un peu des études, après six années post-bac. Bien sûr, tout n’a pas été facile de suite. J’ai commencé par prolonger mon contrat d’été à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var en tant qu’agent portuaire (c’est un emploi que j’exerçais chaque année de juin à septembre) où il me fallait aider le capitaine de port dans la gestion des navires de plaisance mais dès l’automne, la navigation étant moins importante, mon contrat n’a pas été renouvelé car la gestion du port nécessitait moins de main d’œuvre. Peut-être deux mois après l’obtention de mon diplôme, j’ai pu passer un entretien dans cette même structure pour devenir rédactrice de communication, j’y ai passé de nombreux entretiens, nous n’étions plus que deux à pouvoir prétendre au poste mais là, grosse déception, le poste n’a finalement pas été ouvert, faute de moyens.

Dans la foulée, j’ai décroché un petit contrat d’hôtesse commerciale à Toy’s R Us où je devais vendre des cartes de crédit revolving destinées à fidéliser la clientèle, un challenge était à réaliser chaque jour, chaque semaine et chaque mois avec les autres hôtesses, il fallait être performante et je m’en sortais très bien.

Une cliente à qui j’avais réussi à vendre l’une de ces fameuses cartes a pris mes coordonnées et m’a recontactée quelques semaines plus tard pour m’embaucher en tant que gestionnaire d’entreprise administrative et commerciale dans la PME de son mari Cash-Pro, une entreprise de cash alimentaire pour les pizzerias, les snacks, les traiteurs, les entreprises de restauration rapide,… J’ai alors pu bénéficier d’un Contrat Première Embauche, même si à l’époque, ce type de contrat n’avait pas bonne presse. J’y suis restée de janvier 2006 à fin août 2007, m’occupant de la réception de la clientèle, des relations et des commandes avec les fournisseurs, des opérations de communication et de promotion de l’entreprise, je faisais aussi un peu de comptabilité et un peu de management sur le commercial et le préparateur-livreur de l’entreprise.

Malheureusement, l’entreprise ayant des soucis de rentabilité, mon contrat a été réaménagé et je ne travaillais plus qu’à mi-temps pour cette entreprise, du coup, je continuais à chercher du travail, mais dans la région PACA, les opportunités sont rares surtout pour les jeunes débutants. J’ai donc passé en avril 2006 le concours d’entrée à l’IUFM et j’ai intégré l’IUFM pour préparer le CRPE (Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles), pendant toute cette année de préparation, je continuais en même temps à travailler à Cash-Pro plusieurs heures par semaine.
En même temps, j’avais été recrutée par la Banque Postale pour devenir directrice d’agence, si j’avais fait ce choix, j’aurais été payée de suite, en suivant des cours, en alternance avec des stages dans une banque proche de chez moi… Mais le métier de la finance ne m’attirait pas plus que cela et j’ai préféré continuer à l’IUFM, sans être sûre de réussir le concours, je risquais donc de perdre une grosse opportunité de carrière.

Mais heureusement, j’ai obtenu le concours en juillet 2007 et j’ai passé encore un an à l’IUFM en année de stage, j’y suivais des cours et chaque jeudi, j’étais en stage filé en Toute Petite et Petite Section de Maternelle. Même si cette année a été stressante pour la titularisation (il y avait beaucoup de travail, le mémoire à préparer, les séquences pédagogiques, le B2I, les préparations de classe,…), je l’ai trouvée très enrichissante et je regrette que les néo-professeurs ne puissent plus en bénéficier. Le stage filé est vraiment primordial pour progresser.

En 2008-2009, j’ai débuté comme remplaçante (TMB, à l’époque) et après quelques remplacements courts, j’ai pris un CP à la rentrée des vacances de la Toussaint et ce niveau m’a passionnée. Je devais avoir la classe jusqu’à la fin de l’année mais une grossesse difficile m’a empêchée de continuer, je me suis arrêtée de février à fin avril, alors très déçue de quitter mes élèves (pourtant, l’école était à une heure de chez moi et je finissais le soir à 17 heures !). Lorsque j’ai repris, n’étant pas sûre de pouvoir tenir physiquement, mon inspecteur du moment ne m’a confié que des petits remplacements, courts, un peu partout, dans la circonscription. J’y ai donc forgé mes premières compétences : être capable de s’adapter rapidement à toute situation, y compris dangereuse !

A sept mois de grossesse, mon inspecteur m’a « prêtée » pour une journée à une circonscription voisine, l’école se trouvait à une heure de chez moi, l’enseignante était malade… Il s’agissait pour moi de mener une classe dans le village (lavoir, cathédrale, places, ruelles,…) que je ne connaissais pas et que j’avais eu cinq minutes le matin dans une salle pour faire l’appel, à la recherche d’indices pour une course d’orientation historique, en compétition avec toutes les autres écoles alentours puis une grande rencontre sportive l’après-midi réunissant ces dizaines d’élèves !!! Mes élèves étaient dispatchés dans différents groupes de couleur, j’aurais pu en perdre très facilement ce jour-là puisque je ne les connaissais pas !!!

En 2009-2010, je n’ai commencé mon année scolaire que début janvier à la fin de mon congé maternité. J’étais T2 donc inspectable. L’inspectrice que j’avais était intraitable sur l’aspect administratif du travail en classe (cahier-journal, deux fiches de préparation exigées par jour de classe,…). J’ai donc été très stressée toute l’année (elle est arrivée le 15 juin pour m’inspecter !), débordée entre un bébé à la maison et une quantité de travail quotidienne monstrueuse à fournir pour l’école, et pourtant, je n’étais qu’en maternelle mais j’ai quand même bien apprécié ma classe de Moyenne Section de Maternelle cette année-là.

L’année scolaire 2010-2011 a été un tournant pour moi… J’avais déjà été très angoissée l’année précédente et voilà que mon inspectrice, ravie de mon travail en maternelle, m’a demandé d’assurer pendant sept mois le remplacement d’une collègue en congé maternité (pour son troisième enfant) en CLIS, à presqu’une heure de chez moi… Je n’avais suivi qu’un module de trois heures sur l’ASH à l’IUFM et j’avoue que cette affectation m’a laissée perplexe… Je n’y connaissais rien, je n’étais en plus pas du tout portée l’enseignement spécialisé, et la CLIS était très difficile… Douze élèves dont un élève assez violent, un autre élève qui se crispait à la moindre contrariété ou demande de l’enseignant et qu’il fallait maîtriser physiquement, un élève intégré peu à peu mais qui n’avait jamais été scolarisé à six ans, qui ne parlait pas, qui s’exprimait par cris, coups, morsures, griffures,… Les niveaux allaient de la Petite Section de Maternelle (une petite trisomique de six ans) au CE2 (une petite envoyée en SEGPA l’année suivante, qui s’accrochait et en voulait vraiment), en passant par un élève de niveau Grande Section, un élève de niveau début de CP, un élève de niveau fin de CP, des élèves de niveau CE1,… Bref, ça a été pour moi une année galère, une année de souffrance, je n’étais pas formée, la différenciation des enseignements demandaient un travail de préparation énorme… Heureusement, une nouvelle AVS a été nommée sur ma classe en janvier et sa motivation était tellement contagieuse que nous nous sommes lancées dans l’organisation et la préparation d’un spectacle de théâtre, qui a été, pour le coup, une véritable réussite, et je ne la remercierais jamais assez pour tout cela ! Après les vacances de printemps, mon remplacement fini, je me suis détendue en me disant que les choses ne pourraient pas être pires que ce que je venais de vivre… Mais… Je me trompais et jusqu’à la fin de l’année scolaire, j’ai été envoyée en SEGPA à plus d’une heure de chez moi ! En mai/juin, les adolescents n’étaient pas trop décidés à se remettre au travail surtout en ayant eu une enseignante absente depuis très longtemps (celle que je remplaçais) mais heureusement, les collègues ont été supers et cahin-caha, j’ai réussi à finir l’année sans trop en pâtir. Je ne garde cependant pas un souvenir impérissable de cette expérience en SEGPA.

L’année 2011-2012 a été plus tranquille. Toujours remplaçante, j’ai commencé par quatre mois en CE2 dans mon école de rattachement pour remplacer une collègue en congé maternité, la classe était très hétérogène, il y avait beaucoup d’élèves en difficulté, mais malgré déjà une lassitude du métier, je ne m’y suis pas trop sentie en souffrance, même si clairement, la quantité de travail chaque jour me pesait beaucoup. Puis j’ai eu un CE1 pendant quelques semaines et un CP super sympa (avec un seul élève, souffrant d’une déficience mentale, vraiment pénible au niveau du comportement, signalé et pris en charge pour cela) de février à début juin, j’ai fini l’année par des petits remplacements.

Enfin, cette année scolaire 2012-2013 est aussi assez paisible. Je n’ai fait aucun long remplacement depuis le début de l’année. Mon inspection m’envoie sur des remplacements de stage (je peux être amenée à me déplacer dans tout le département par contre, ce qui n’était pas le cas les années précédentes, car les remplaçants qui étaient spécialisés dans les remplacements de stage et amenés à sortir de leur circonscription de rattachement n’existent plus, nous sommes aujourd’hui une seule et unique brigade de remplaçants) de deux jours à une semaine ou des congés pour maladie ordinaire, assez courts. Par contre, j’ai fait un remplacement assez difficile avant les vacances de février, plus de trois semaines à une heure de chez moi dans un IME-ITEP réputé pour sa violence, mais avec l’expérience acquise, cette affectation dans le spécialisé m’a finalement moins marquée et moins traumatisée que mes précédentes expériences dans ce domaine.

Qu’est-ce qui t'a motivée pour devenir enseignante ?

Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques (Sciences Po) en 2005 dans le domaine du journalisme et de la communication institutionnelle tournés à l’international, plusieurs possibilités s’offraient à moi : passer des concours de la fonction publique pour devenir cadre ou intégrer une autre grande école (mais cette solution ne me tentait pas trop), rentrer dans une école de journalisme pour compléter mon cursus dans ce domaine, mais cette solution se serait avérée très coûteuse et très difficile pour moi à une époque où il devenait nécessaire que je commence à gagner ma vie, trouver un emploi dans le privé (si possible dans la communication) ou me tourner vers l’enseignement, un domaine qui me passionnait depuis toujours et pour lequel je pensais être douée puisque je donnais des cours de soutien depuis mes 18 ans et que pendant mon année de stage à Shanghai (stage qui n’était pas rémunéré !), j’avais été engagée à côté pour travailler dans deux lycées chinois et dans une entreprise de formations pour adultes, en tant que professeure de français. Ces expériences d’enseignante m’avaient d’ailleurs beaucoup plu.

Aussi, c’est assez naturellement que je me suis tournée vers cette profession. J’ai toujours été bonne élève et, de ce fait, également toujours passionnée par l’école. Même si plusieurs choix s’offraient à moi, il est vrai que l’enseignement m’attirait toujours énormément, je ressentais que j’étais faite pour ce métier à l’intérieur de moi et les personnes qui m’ont vues enseigner me le confirmaient également… Mon papa disait que j’avais un don pour la pédagogie, mon mari estimait après m’avoir vu enseigner en Chine que j’étais faite pour cela… J’avais en plus de belles réussites avec les élèves que je suivais en cours particuliers ou au Cours Renaissance à Toulon, une école privée où je donnais des cours pendant mes premières années d’étudiante. De plus, j’avais le sentiment que je pouvais changer les choses en exerçant ce métier. Redonner confiance à des élèves, transmettre des savoirs, des savoir-être, des savoir-faire,… J’aurais pu devenir professeur de collèges et lycées, mais je trouvais le professorat des écoles plus intéressant car polyvalent : on n’enseignait pas une seule discipline mais plusieurs, et cette polyvalence m’attirait énormément. Je ne voulais pas m’ennuyer dans mon métier et je voulais aussi, par ce biais, continuer à me former, à apprendre des choses, à développer ma culture générale. Pour la petite histoire, et je me demande toujours s’il s’agissait vraiment d’un hasard, le jour de mon Grand O, avec tous les textes économiques, sociaux, géopolitiques, politiques,… qui peuvent être proposés par les jurys à l’occasion de cet examen terminal, j’ai tiré au sort un texte de Charles Péguy sur le rôle de l’écrivain dans la société et l’immortalité de l’écrivain par la pérennité de ses écrits ; après mon exposé sur ce texte, la conversation a dévié avec mes examinateurs sur l’école et son rôle : on m’a demandé si je savais quelles étaient les conditions pour devenir professeur des écoles, ce qu’étaient les « hussards noirs de la République » et qui était à l’époque notre ministre de l’Education Nationale...

Penses-tu que le métier soit devenu plus difficile pour les étudiants tentés par ce métier ? Pourquoi ?

Oui, je pense que le métier est aujourd’hui bien difficile à appréhender pour les jeunes enseignants qui arrivent.
Déjà, il faut aujourd’hui un Bac+5 pour exercer cette profession, or, lorsqu’on s’investit dans des études aussi longues, en général, c’est quand même pour bien gagner sa vie. Entre 1400 et 1500 euros nets par mois pour un enseignant du premier degré en début de carrière, c’est quand même bien peu, il faut l’avouer.

De plus, il faut noter la difficulté du concours : il faut aujourd’hui être un expert dans toutes les disciplines pour le réussir, être à la fois grammairien, sportif de haut niveau, artiste peintre, mathématicien, historien, géographe et j’en passe ! Je parle essentiellement du CRPE parce que pour le second degré, il faut être expert dans une discipline principale seulement, mais le CAPES reste malgré tout sacrément difficile à obtenir. Nos anciens étaient recrutés en troisième et ce n’était pas de mauvais enseignants pour autant ! Avons-nous besoin d’un tel niveau d’expertise pour réussir à enseigner dans les petites classes ? Bien sûr, un enseignant se doit d’avoir une curiosité intellectuelle et une culture générale étendues, mais tout de même, je le répète, être un bon technicien ne suffit pas à faire un enseignant d’excellence. Il y a toute une dimension psychologique qui n’est pas prise en compte par les concours de recrutement de l’enseignement. Il faut bien d’autres choses pour gérer une classe que de la connaissance pure. Le salaire et la difficulté des concours sont les deux premiers freins, les deux premières barrières que je perçois dans le manque d’attractivité de cette profession.

Par ailleurs, les jeunes enseignants sont bien malmenés par le système et leur entrée dans le métier est loin d’être rose. Ils ont souvent peu de formations sur le terrain, voire plus du tout en ce qui concerne précisément les stagiaires de cette année 2012-2013, lauréats du concours en juillet et littéralement « jetés » dans une classe pour toute l’année : en effet, ils n’ont sur l’année que quelques jours de formations dans les anciens bâtiments des IUFM et sont aidés principalement par un remplaçant (dont ce n’est pas le rôle rappelons-le !) qui reste là pour prendre leur classe lors de leurs absences pour formations ou lors des entretiens qui suivent les visites du maître formateur ou des conseillers pédagogiques dans la classe. Les demandes institutionnelles pour obtenir leur titularisation sont énormes et parfois trop lourdes voire inutiles : cahiers-journaux et fiches de préparations détaillées en plus des documents administratifs de la classe incontournables (comme les PPRE, les demandes de RASED, les fiche d’aide personnalisée,…). Bien sûr, il faut apprendre à gérer sa classe et à organiser ses enseignements, il faut savoir réaliser une fiche de préparation de séquence, déterminer les objectifs suivis, les modes d’évaluation,… et savoir réfléchir sur sa pratique de classe et se remettre en question. Cependant, débutante, je me rappelle avoir passé souvent plus de temps à faire de la paperasserie administrative pour contenter les attentes des conseillers pédagogiques ou des inspecteurs qu’à véritablement organiser de manière concrète et pratique sur le terrain ce qui était décrit dans mes fiches de prép ! Et bien sûr de m’être plantée en beauté sur les activités menées en classe malgré la superbe fiche réalisée !!!

En ce qui concerne le Var et les Alpes Maritimes, il faut ajouter une entrée dans le métier rendue encore plus complexe par les conditions mêmes d’exercice : l’Académie de Nice étant une académie excédentaire, beaucoup de jeunes enseignants se retrouvent sans poste à la suite des deux phases du mouvement, ils sont en surnombre et ballotés d’un endroit à l’autre du département. Ils sont envoyés sur des postes très difficiles, souvent délaissés par les enseignants plus expérimentés (ZEP, IME-ITEP, SEGPA,…), font beaucoup de route, ne sont pas préparés parfois à la difficulté des situations rencontrées (ils ne savent pas par exemple que dans une classe nous sommes parfois amenés à faire beaucoup plus de police et d’éducation spécialisée que d’enseignement !) ou à la somme impressionnante de travail qu’il faut réaliser pour assurer une classe (préparations, demandes administratives, corrections) et très vite épuisés physiquement et psychologiquement. D’autant que ce métier est très largement déconsidéré, et qu’on entend constamment les gens nous traiter de fainéants ou de fonctionnaires toujours en vacances ! Ce n’est pas pour rien si l’Education Nationale enregistre chaque année de plus en plus d’abandons de jeunes professeurs ou d’enseignants stagiaires.

Devenir prof, aujourd'hui, dans la vie d'une femme, c'est être un hussard noir de la République, ou c'est simplement arriver à conjuguer sa vie familiale et sa vie professionnelle ?


Aujourd’hui, être enseignant, c’est un véritable sacerdoce… Nous ne sommes plus des « hussards noirs de la République » malheureusement car bien moins respectés et considérés que pendant la troisième République mais la mission est toujours de transmettre les valeurs républicaines de notre pays à nos élèves. Nous sommes toujours là pour aider à construire au mieux la société de demain. La mission s’est malgré tout transformée, elle est aujourd’hui plus difficile, précisément parce que nous n’avons plus ni le respect ni la considération et parce qu’elle s’est diversifiée : en plus d’une mission d’instruction, nous avons aujourd’hui une réelle mission d’éducation et de construction de la personnalité. Les parents sont de plus en plus débordés par leurs enfants et ils démissionnent mais il nous appartient à nous enseignants de ne pas baisser les bras face au changement des mentalités. Cette mission est lourde, il faut l’avoir à l’esprit.

Aussi, chacun à notre échelle, dans nos classes, nous faisons de notre mieux pour inculquer quelques notions aux citoyens de demain. Pour une femme, ce métier a longtemps été perçu comme un moyen de concilier sa vie de famille et sa vie professionnelle, cela a toujours été un avantage de l’enseignement puisque nous bénéficions de nos mercredis pour rester avec nos enfants (et préparer nos cours !), de nos week-ends (même remarque) et des vacances scolaires.

Mais cet avantage n’est pas un but ou une fin en soi, on ne choisit pas ce métier pour avoir ce confort de vie, d’autant plus que cet avantage du métier en est de moins en moins un aujourd’hui.
Il y a souvent la route, en moyenne deux heures par jour pour se rendre sur son lieu de travail et en revenir, en ce qui me concerne. Puis, quand les journées sont finies pour les élèves, elles ne le sont pas encore pour nous : entretiens avec les parents, réunions et conseils, animations pédagogiques, préparations de cours, corrections…
Si nous quittons l’école rapidement pour aller chercher nos propres enfants, c’est pour mieux s’y remettre une fois qu’ils sont couchés. C’est un métier qui empiète énormément sur notre vie privée et personnelle. Un enseignant ne déconnecte jamais, y compris pendant les petites vacances scolaires, y compris pendant les vacances d’été (qui ne sont pas rémunérées, le salaire étant en fait calculé sur 10 mois mais « lissé » sur 12 mois !) où il faut préparer si possible l’organisation de l’année suivante. Impossible de faire une virée en famille sans penser à l’exploitation pédagogique que nous pourrions en faire en classe ! Par ailleurs, c’est un métier qui use moralement, psychologiquement, physiquement…

En ce qui me concerne, je ne suis plus très patiente le soir lorsque je rentre avec ma petite fille. J’ai en général tellement pris sur moi dans la journée que je ne réussis pas à rester calme face à ses bêtises. A trois ans, elle a une vie épuisante déjà : lorsque je vais remplacer à une heure ou une heure et quart de chez moi, ce qui arrive souvent, je dois la mettre à la garderie de son école à sept heures le matin, elle est levée très tôt pour son jeune âge ; le soir son papa la récupère vers 17h30-17h45, je rentre bien souvent après. Plusieurs fois, il m’est arrivé de passer du temps à travailler plutôt qu’à m’occuper d’elle le mercredi, le week-end ou pendant les vacances ; je lui demande souvent de patienter, je n’ai pas de temps pour elle, je le prends pour mes élèves… L’année de ma première inspection, elle était tout petite, je me rappelle avoir passé mes vacances de février et mes vacances d’avril enfermée chez moi à bosser, la petite toute la journée à côté de moi à dormir ou gazouiller sur le coussin d’allaitement dans l’angle du canapé ou à jouer toute seule dans son parc ! Aujourd’hui, je me dis que si c’était à refaire, je ferai autrement mais j’étais débutante et je craignais encore de déplaire à ma hiérarchie !!! Donc non, tout n’est pas rose pour les femmes dans l’Education Nationale malgré un emploi du temps aménagé et « pas mal » de temps de présence à la maison.

Aujourd'hui, vous souhaitez vous reconvertir : dans quel domaine, et qu'avez-vous commencé à mettre en œuvre pour y arriver ?

J’ai gardé de mes études à Sciences Po et de mon stage de communication institutionnelle de dix mois au Consulat de France à Shanghai une passion pour les techniques de communication, la création et la réalisation de sites Internet et pour le journalisme. C’est un métier qui m’attirait déjà énormément plus jeune puisque j’avais même fait mon stage en entreprise en classe de première au siège du quotidien Var Matin à Ollioules près de Toulon, stage pendant lequel j’avais écrit mon premier article sur… l’école !!! J’avais alors couvert un carnaval et mon article avait été publié, quelle fierté ! C’est vers ces domaines de la communication et du journalisme que se porte donc ma reconversion.

Après plusieurs mois de réflexions, j’ai contacté l’association Aide aux Profs, dont j’avais entendu parler dans les médias, pour réaliser mon Pré-Bilan de Carrière Approfondi. Je suis devenue adhérente de l’association, suivi par Rémi Boyer qui en est le créateur et qui est devenu mon conseiller. Nous nous sommes entretenus par deux fois sur Skype et en m’aidant de ses deux ouvrages, j’ai commencé à recréer un modèle de CV satisfaisant et une lettre de motivation générique, à m’inscrire sur Viadeo et d’autre sites de chasseurs de tête. Puis j’ai enclenché la recherche d’emploi en tant que telle, la traque aux petites annonces.

J’envisageais de me faire recruter par détachement et Rémi m’a fait connaître tous les sites que je devais prospecter. Très vite, en mai, j’ai passé mon premier entretien pour devenir chargée de communication à la préfecture maritime de Toulon. J’ai failli être recrutée mais le Commandant qui m’a reçue en entretien a été obligé de prendre en priorité une personne du Ministère de la Défense à reclasser. J’ai été déçue mais cette réussite au bout d’un mois de recherche m’a fait penser que ce serait finalement assez facile. Malheureusement, ce n’est pas le cas car depuis, malgré une bonne dizaine de candidatures envoyées chaque mois, je n’ai encore passé aucun autre entretien. Pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis inscrite au concours d’attaché territorial en interne, beaucoup d’annonces en recherchaient et je me suis dit que ce serait un plus sur mon CV pour me faire recruter. J’ai passé les écrits mais je les ai ratés car je m’y suis mal préparé par manque de temps et manque d’entraînement, je continuais à travailler à plein temps pour l’Education Nationale à côté. Rémi Boyer m’a alors proposée de devenir rédactrice pour son association, ce que j’ai accepté avec beaucoup de joie comme une opportunité d’acquérir de l’expérience dans le journalisme et de valoriser encore plus mon CV.

J’ai eu la chance de monter à Paris en novembre au Salon européen de l’Education et de rédiger le compte-rendu des intervenants de la conférence organisée par l’association sur le thème des « enseignants entrepreneurs ». Par la suite, Rémi m’a proposé de collaborer avec lui à la rubrique « seconde carrière » du Café Pédagogique et chaque mois, je dois désormais proposer l’interview d’un enseignant qui a réussi sa reconversion et des articles divers sur ce thème des secondes carrières. Mon expérience m’a permis de me faire recruter comme rédactrice par le site Suite101.fr, plus généraliste, pour lequel mes premiers articles sont en cours de préparation. J’ai le sentiment qu’un recrutement par voie de détachement me correspondrait bien mais pour l’instant, et même si j’ai ouvert mon secteur de recherche d’un point de vue géographique, je ne connais pas vraiment de succès dans mes recherches. Aussi, je reste ouverte à toute possibilité pour une future reconversion : travailler dans le secteur privé, passer (et réussir !) un autre concours de la fonction publique, créer mon entreprise… Je ne doute pas d’y parvenir d’ici un an ou deux !


Association Aide aux Profs,
Mouvement associatif de seconde carriere des enseignants

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