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Sophie Florentin, ancienne informaticienne, est devenue professeur de mathématiques à son compte en créant SCOLAPROF

Interview réalisée par Rémi Boyer

Quel a été votre parcours depuis la fin de vos études jusqu'ici ? Arriviez-vous à concilier vie professionnelle et personnelle facilement ?

Diplômée MIAGE (Maîtrise Informatique Appliquée à la Gestion) en 1985, âgée de 50 ans, je suis professeur particulier de mathématiques rémunérée en CESU.

De 1985 à 1990 j’ai exercé mon métier d’informaticienne dans un grand groupe puis après un long séjour aux USA, arrivée dans le département où je réside, j’ai élevé mes 3 enfants tout en assurant plusieurs activités associatives : tenue de comptabilité, gestion de trésorerie, chargée de l’informatique de centres sportifs. Ces expériences, souvent bénévoles, m’ont permis de de concilier vie familiale, vie professionnelle et intellectuelle dans un contexte très riche sur le plan humain.

Quel a été le déclic pour devenir professeur de maths à votre compte ?

J’ai spontanément mis mes compétences aux services des enfants et des jeunes avec lesquels j’étais en contact, puis, tout naturellement, je les ai professionnalisées ! Les cours particuliers se sont imposés et j’ai dû gérer l’afflux de demandes. J’ai ainsi pu gagner ma vie, tout en restant très disponible pour mes enfants. J’ai pris un immense plaisir dans cette activité, en voyant concrètement l’évolution de mes élèves et leurs progrès. C’est très gratifiant !

Quelles démarches avez-vous alors réalisées pour monter votre structure, et comment fonctionne-t-elle actuellement ?

Le CESU s’occupant des feuilles de paie je n’ai pas eu à me créer « d’Auto Entreprise » : je suis « salariée » des parents.

Les cours particuliers ont pris de plus en plus d’importance, les parents me demandant comment trouver des profs dans d’autres matières. Débordée, j’ai alors eu l’idée, en août 2011, de créer la société « ScolaProf », forme juridique SASU.

Par le biais du site « annuaire » que j’ai créé pour « ScolaProf », le but est de mettre en relation des professeurs gardant leur indépendance et des parents d’élèves payant par CESU (Chèque Emploi Service Universel). J’ai eu envie de faire émerger un réseau de professeurs indépendants, facilement utilisable et sans contrainte pour les élèves.

Les dernières décisions du gouvernement sur le marché du soutien scolaire sont-elles de nature à pérenniser les structures comme la vôtre ? Expliquez-nous en détail les conséquences de cette nouvelle politique.

Le soutien scolaire à domicile va être bouleversé par la suppression de la déclaration au forfait CESU, les charges étant désormais très élevées, même avec la déduction fiscale. Le prix d'un cours se retrouve au final majoré d’environ de 8 €/heure, alors que les parents ne récupèrent leur crédit d'impôts que l’année suivant le paiement des charges...

Certains profs vont continuer à utiliser le système en attendant de voir quels sont les parents qui vont les « lâcher»...et ceux qui vont vouloir les payer « au noir » (ce qui n'est bon pour personne). A ce jour, je veux toujours y croire et je continue avec le CESU, mais certains parents ne sont plus très motivés…

D’autres profs se mettent en Auto Entrepreneur ou Entreprise Individuelle déclarée SAP (Services A la Personne), ce qui permet aux parents d'avoir la déduction fiscale et de ne plus payer de charges. Mais en parallèle, ces profs vont devoir adapter leur tarif, puisque c'est eux qui vont devoir payer leurs propres charges. Et la déclaration SAP exclut toute autre activité ! Donc ceux qui proposent aussi d’autre types de soutien (stages, ou online) vont devoir créer une autre entreprise qui ne sera pas une Entreprise Individuelle. Cela va générer des complications administratives incroyables.

Dommage, car le CESU était très simple, et adapté à cette profession de professeur particulier : le système permet de travailler dans la légalité (sachant que le soutien scolaire est souvent pratiqué au noir) tout en offrant aux parents la possibilité de faire aider leurs enfants pour un prix abordable…C’est cet aspect que j’ai voulu valoriser au travers de « ScolaProf », mais là c’est pas gagné du tout !!

Un enseignant peut-il aujourd'hui espérer vivre à plein temps du soutien scolaire auprès de particuliers, quand il en a assez d'enseigner en classe complète, un métier devenu parfois éprouvant, épuisant ?

Il faut se donner du temps : se faire une clientèle, se déplacer au domicile des élèves, se former à tous les niveaux (personnellement, je fais de 6ème à bac+2), être toujours dans une exigence de qualité pour aider au mieux l’élève selon sa personnalité, ses besoins…
Mais c’est un métier extrêmement gratifiant. Le nombre d’heures varie de 5h à 30h, voire plus, selon l’expérience. Certains travaillent tard le soir, tôt le matin, le week-end. Et puis durant les vacances scolaires, certains élèves sont très demandeurs de révisions intenses.

La vie des femmes au travail vous semble-t-elle aisée de nos jours ? Avez-vous des préconisations pour y remédier ?

Honnêtement, jamais je n’aurai pu concilier une vie professionnelle intense d’informaticienne avec l’éducation de mes 3 enfants, au moins sans une aide extérieure. C’est un choix difficile, car ma retraite sera bien faible, au regard de ce à quoi j’ai contribué, car l’éducation de ses enfants, la participation à la vie associative sont bénéfiques pour tous…

Des préconisations ? Dans un univers « idéal », il faudrait un « environnement » social qui prenne en charge les contraintes inhérentes liées aux enfants. Il m’a fallu souvent jongler avec les horaires des écoles/collèges/lycées, souvent éloignés les uns des autres, gérer les activités extrascolaires, les soins médicaux...Mais c’est un autre débat !

Ce que je crois, c’est que le fait d’avoir un travail que l’on organise en indépendant, est une des solutions.

Selon vous, comment pourrait évoluer dans l'avenir le soutien scolaire, avec le développement du numérique ?

Un autre axe se profile, qu’il convient de ne pas négliger : si les déductions fiscales liées aux emplois à domicile n’intéressent plus personne dans les années à venir (vu la complexité des réformes fiscales), il faut se préparer à l'arrivée de l'enseignement « en ligne ». Ce n'est pas encore d'actualité en France, mais ce modèle se développe ailleurs (voir Coursera, Khan Academy, Mooc and co).

Cela va mettre du temps (encore que!) car les mentalités vont devoir s'adapter à apprendre sur le web. L'effet secondaire, c'est que les élèves auront encore plus besoin d'un soutien individualisé pour s'adapter à cet enseignement de « masse » online.

Mais alors, ce soutien individualisé pourra aussi se faire en ligne en utilisant des plateformes adaptées. La plus simple est « skype » qui permet notamment de converser en langues étrangères et donc de se faire corriger en live. Et d'autres plateformes, plus complexes, qui permettent l'usage d'un tableau blanc.

Là deux difficultés vont se présenter : d'abord il va falloir apprendre à tutorer avec ces outils (mais je répète cela se fait déjà ailleurs), et ensuite il faudra créer son entreprise/activité puisqu'il s'agira d'une activité économique, sans déduction fiscale, et soumise ou non à TVA selon la structure juridique adoptée.

Cependant, il faut vraiment, selon moi, être attentif à cette évolution. Les jeunes y seront sans doute réceptifs. Pour les profs de langue, notamment, et compte tenu de la place que l'oral va prendre au Bac, cela peut être une belle opportunité !(de reconversion)

Si vous ne pouviez plus vivre de votre entreprise, deviendriez-vous enseignante pour l'Education nationale ?

Non, pas avec le modèle en place aujourd’hui. J’ai besoin de vraies relations avec mes élèves, de prendre le temps de les écouter et de les comprendre. Les aider vraiment quoi !

En 2012, vous avez rejoint les adhérents référents d'Aide aux Profs: qu'est-ce qui vous a intéressé pour en faire partie, et en quoi cela contribue-t-il à la diffusion de votre activité ?

En créant « ScolaProf » j’avais dans l’idée de médiatiser une profession nouvelle : Professeur Particulier. Une profession respectable et respectée, qui n’était plus souterraine grâce à l’utilisation du CESU. Et qui permettait aussi peut-être la reconversion de certaines personnes qualifiées mais plus forcément en phase avec leur travail ou au chômage. Aide aux Profs permet cette rencontre, en faisant le lien entre des professeurs EN mais qui veulent changer d’activité, et d’autres personnes qui peuvent leur transmettre une expérience de terrain.

POUR DEVENIR PROFESSEUR A SON COMPTE DANS SON RESEAU, CONSULTEZ SON SITE


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