Aide Aux Profs
Osez une seconde carrière...
Mon compte
Email :
Mot de passe :
Mot de passe oublié
 
 
 
 
 

Ostiane Mathon, professeur des écoles, est aussi formatrice et consultante en auto-entrepreneur

Interview réalisée par Rémi Boyer

Quel a été ton parcours de carrière depuis la fin de tes études ?

La fin de mes études? Mais elles ne sont pas terminées! Et si j'osais, je dirais même que j'ai commencé à apprendre au terme de ce que l'on appelle académiquement les études...J'ai commencé à apprendre lorsque je me suis saisie pleinement de mon parcours, lorsque j'ai compris que chaque rencontre, chaque moment de vie professionnelle ou personnelle m'offrait de multiples occasions d'apprendre, de questionner, de découvrir et d'aller plus loin par mes propres moyens, lorsque j'ai réalisé que personne d'autre que moi-même ne pouvait m'apprendre ce dont j'avais besoin au moment où j'en avais besoin de la manière qui était la mienne mais que ce qui me permettait d'apprendre se trouvait tout autour de moi, à portée de main, à portée de savoir pourvu que je m'en saisisse.

Après quelques débuts d'études ici et là, en droit, en lettres et en sciences politiques, je me suis retrouvée du jour au lendemain devant une classe de CP sans être formée pour cela, sans être diplômée. J'ai réalisé alors que si je souhaitais poursuivre dans cette voie, il faudrait à un moment ou à un autre repasser par la case "diplôme". Ce que j'ai fait après 5 ans de poste à l'étranger. Puis de classe en classe, de formation en formation, je suis devenue maître d'accueil, puis tutrice, puis formatrice. Aujourd'hui je partage mon temps entre mes petits élèves, la formation pour adultes, l'accompagnement d'équipe et l'écriture professionnelle. L'écriture est devenue pour moi une hygiène tant mentale que professionnelle. Pas un jour sans que j'écrive. Souvent très tôt le matin, lorsque tout le monde dort encore et avant que le tempo de la journée reprenne ses droits.

Qu'est-ce qui t'a motivée pour devenir enseignante ?

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours souhaité exercer auprès des enfants et des jeunes. Adolescente, je souhaitais devenir juge pour enfants! Mes études en ont décidé autrement et ma vie aussi...je me suis mariée jeune, je suis partie à l'étranger et très vite pour "arrondir" des fins de mois un peu difficiles, j'ai donné des petits cours. Puis assez rapidement, comme je le disais, on m'a confié une classe de 30 petits CP non francophones...c'était ma première classe !

Comme si c'était hier et pourtant cela fait plus de 22 ans. La question devient donc: Qu'est-ce qui m'a motivée à poursuivre dans cette voie? Je ne sais pas...Les yeux des enfants, leurs interrogations, leur magnifique insolence face à la vie, leur énergie, leurs doutes, leurs peurs, leurs désirs d'apprendre malgré les obstacles. Un peu plus tard, ce qui m'a motivée pour rester c'est ce qui aurait pu me faire quitter l'Education nationale, à savoir son inertie, son incapacité chronique à questionner ses pratiques. J'ai découvert alors qu'en interne il y avait un formidable gisement de forces vives ne demandant qu'à sortir de l'ombre. C'est tout le sens que je mets dorénavant au service de la formation des enseignants, leur permettre de révéler leur potentiel créatif, leur capacité d'être acteur et de participer à la mue progressive de notre mammouth!

Penses-tu que le métier soit devenu plus difficile pour les étudiants tentés par ce métier ? Pourquoi ?

Ce métier a toujours été complexe; il demande une formation continue permanente de manière à rester connecté au réel de nos jeunes et à la réalité de la société. Peut-on faire classe comme il y a 50 ou même 10 ans? Non, bien évidemment, ce qui ne signifie aucunement que la transmission de notre patrimoine passé soit aujourd'hui désuète. Ce patrimoine est inscrit dans notre ADN collectif. Pour autant, les temps changent, les familles ont évolué, l'accès au savoir s'est démultiplié, le numérique nous a fait basculer dans un autre paradigme, celui de l'horizontalité des échanges et des savoirs.

L'école ne peut rester sourde et aveugle face à cette révolution. Devenir enseignant aujourd'hui, c'est se lancer dans une aventure extraordinaire aux côtés des jeunes, une aventure dont on ne maîtrise pas grand chose, dont on ne sait pas exactement la forme qu'elle va prendre. Devenir enseignant aujourd'hui c'est oser endosser le statut d'explorateur, c'est quitter le monde des certitudes pour aider nos jeunes à questionner, à chercher, à inventer le monde qui sera le leur. Devenir enseignant aujourd'hui c'est plus que jamais faire le pari de l'intelligence collective, intelligence dont nos élèves font intégralement partie.

Tu exerces aussi comme consultante: que fais-tu concrètement, et sous quel statut ? Envisages-tu d'en faire une reconversion complète ?


Tout est envisageable! Comme consultante, j'accompagne des équipes dans la mise en œuvre de leur projet d'école, je les aide à problématiser leurs besoins, à envisager des solutions, à expérimenter de nouveaux dispositifs, à trouver du temps pour formaliser leurs projets. J'ai également été sollicitée en tant qu'auto-entrepreneur par des cabinets de conseils, pour la mise en œuvre au sein d'entreprises de dispositifs de tutorat dans une logique de développement de contrats intergénérationnels ou de mobilité professionnelle. C'est passionnant. Tant que je peux mener toutes ces actions en parallèle, je souhaite poursuivre ainsi, sur différents lieux, auprès de publics variés.

Tu as créé un blog sur le web pédagogique: dans quel but, qu'est-ce que cela t'apporte ?

Pas un blog, des blogs! Ce sont des espaces d'écriture et d'échanges collaboratifs et coopératifs. Cela m'a permis en premier lieu en 2008, de m'auto-former aux outils du web. Très vite j'y ai pris goût, j'ai ouvert plusieurs blogs en partenariat avec le web pédagogique dont mes deux chouchous sont Blog Bleu Primaire, mon blog personnel et Culturo-blog, le blog de mes élèves. Une grande fierté pour moi.

Parle nous des ouvrages que tu as publiés, et des objectifs poursuivis pour chacun d'eux.

En effet, l'écriture web m'a conduite naturellement à l'écriture papier. Gérard De Vecchi ayant lu et apprécié mes publications sur Blog Bleu Primaire est venu me trouver et m'a très gentiment proposé de rédiger un ouvrage sur la question de la relation école-famille, un sujet qui me tient particulièrement à cœur. De là est né mon premier ouvrage: Un projet pour repenser la relation parents-enseignant paru chez Delagrave.

C'est un petit guide de poche à destination des enseignants dont l'objectif est de proposer une réflexion quant aux enjeux et aux finalités d'un concept qui peut parfois paraître abstrait ou complexe à mettre en œuvre, celui de la co-éducation et du partenariat éducatif. Réflexion étayée d'exemples concrets issus de ma pratique de classe ou de pratiques rencontrées ici et là.

Plus récemment, en juillet 2012, j'ai publié un second ouvrage: Réussir sa première classe, paru aux éditions ESF et préfacé par Philippe Meirieu. C'est un ouvrage destiné aux enseignants, débutants ou non, dont l'objectif principal est de donner à voir, à ressentir et à penser l'acte d'enseigner en étroite relation avec celui d'apprendre. Là encore pratiques et théories se côtoient naturellement, les unes et les autres étant à mon sens étroitement liées. A ce sujet, on peut lire l'interview publiée sur le café pédagogique. Enseigner c'est apprendre chaque jour à réapprendre à enseigner et sur le même site partenaire on trouvera une présentation de l'ouvrage.

Devenir prof, aujourd'hui, dans la vie d'une femme, c'est être un hussard noir de la République, ou c'est simplement arriver à conjuguer sa vie familiale et sa vie professionnelle ?

Conjuguer vie familiale et vie professionnelle est le grand défi que rencontrent tous les couples dont les deux travaillent et il faut l'avouer, c''est loin d'être un long fleuve tranquille! Il faut à la fois être solide et structuré et en même temps accepter de ne pas être parfait...ce que le quotidien ne se prive pas de vous rappeler! Difficile exercice d'humilité...Professionnellement, il faut laisser le familial de côté et familialement, il faut rester perpétuellement aux aguets.

Une famille c'est un job à plein temps! J'ai souvent l'impression d'avoir dix petits vélos qui pédalent en même temps dans un coin du cerveau. Et je l'avoue, il m'arrive très souvent de grogner lorsque je rentre de ma journée et que je m'aperçois que la machine est toujours pleine et que personne n'a appuyé sur le bouton "on". Bon eh bien mes enfants, pas de chaussettes propres pour demain!

Qu'est-ce qui te rend le plus fière dans ta vie professionnelle ? Quel est ce moteur intérieur qui te donne si souvent ce sourire ?

Je suis fière d'être restée alignée avec des valeurs comme la bienveillance et la coopération, dans un univers trop souvent compétitif et qui met à mal ces valeurs là. Je suis fière d'être une enseignante de mon temps proche de mes élèves, je suis fière d'être encore capable de me relever après chaque échec, je suis fière de ne pas céder au négativisme ambiant. Mais ces fiertés là, je n'en suis pas entièrement responsable, c'est aux enfants que je les dois, ce sont eux mes petits moteurs intérieurs. Et je vous assure que c'est un carburant parfaitement naturel! Une sorte d'énergie renouvelable et durable...



Association Aide aux Profs,
Mouvement associatif de seconde carriere des enseignants

Dernières publications

FLASH AIDOPROFS

CONNECTEZ-VOUS
Tweets de @aideauxprofs / amis-d-aide-aux-profs

NOS PARTENAIRES
NOS SOUTIENS

Recherche par mot-clé

INFOS EDUCATIVES
VOTRE AVIS

Quelle forme de seconde carrière envisagez-vous ?
Etre recruté en détachement
Devenir inspecteur
Devenir chef d'établissement
Obtenir un concours d'un autre ministère
Travailler dans la territoriale
Aller travailler dans le privé
Créer une auto-entreprise en restant enseignant
créer une entreprise, puis démissionner